Une critique de Vengeances et Mat venue de France

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Et si la vengeance n’était pas juste un plat qui se mange froid ?
Accomplie expéditivement ou mûrie de manière calculée dans les méandres d’un esprit torturé, une seule chose importe dans le tableau final, que justice soit rendue, en respectant les lois en vigueur ou par d’autres moyens ... détournés.

En lançant un nouveau concept de chroniques s’étalant sur deux livres, principalement les deux premiers d’une série par transition avec des one-shot, autant que faire se peut d’une pierre deux coups, je vais l’inaugurer avec Vengeances et Mat, écrit en duo avec Thomas Dansor, Ben Choquet en a publié la suite en solo avec La vie a une fin, la Vengeance pas, tous les deux édités chez Editions du Pays Noir.

Après La parole du chacal de Clarence Pitz, c’est mon deuxième voyage en terre belge.
Si le premier m’avait fait découvrir un pays africain et ses rites ancestraux en compagnie d’un groupe de touristes, cette nouvelle incursion prend place et fait au cœur de la plus importante ville wallonne, Charleroi.

Bienvenue au Pays Noir !

Un début fracassant va lancer les hostilités, comme si l’histoire devait se répéter, c’est la tragédie des temps modernes, l’impensable et le pire des scénarios vient de se produire, un groupe d’enquêteurs de la police carolorégienne (nom des habitants de Charleroi) va devoir sortir leurs griffes pour traquer les commanditaires de ce qui s’apparente indubitablement à un attentat terroriste ...

V comme Vengeance !

Un premier roman qui se refuse à se cataloguer dans un genre défini, la narration emprunte différents arcs narratifs dans sa construction et espace émotionnel, alternant la première et troisième personne sans jamais s’égarer à en deviner la voix, un style dynamique et imagé dans ses circonvolutions, pour ressentir cette impression de proximité avec les protagonistes, en tête de liste, Claire est la figure emblématique de l’écorchée vive, pétrie de contradictions et de doutes existentiels, elle symbolise la volonté de s’affranchir des us et coutumes pour découvrir la vérité et peut-être chambouler sa propre destinée.
Mais toute liberté a un prix ...

Ici, c’est Charleroi !

Loin de dessiner la carte postale d’une ville en plein essor économique et sur le point de renaître de ses cendres industrielles (à noter de superbes photographies encastrées), les deux auteurs se positionnent au carrefour d’une actualité brûlante, rien de plus jouissif que de pousser l’action dans ses derniers retranchements, les nerfs de la guerre au bord de l’implosion, la voix des personnages tente de percer dans le brouillard des feux de détresse, l’incompréhension se dispute les restes de l’urgence de la situation, ressentir ce frisson d’angoisse n’est pas chose anodine quand toute la ville se plie devant l’horreur, du poids des décisions va dépendre la destinée d’hommes et de femmes prêts à lutter contre l’ignominie et la cupidité d’un mystérieux groupe, de tenter de vaincre ses vieux démons, chaque pas de gagné est calqué sur le mode de chapitres courts, tout est réunit pour faire défiler les pages crescendo.

Sang pour sang carolo !

Ce n’est pas la suite qui contredira l’esprit initial et le but recherché, prendre un réel plaisir de lecture, d’abord en collant au plus près des mouvements des personnages principaux, surprendre le lecteur par des twists percutants, par le biais de flash-backs répondant à certaines interrogations suscitées par le premier volet, on pourrait être décontenancé par certaines séquences surréaliste et osées, pour autant, la compréhension et la maîtrise des principaux points géopolitiques et stratégiques du terrorisme international se fondent parfaitement dans le décor, de fausses pistes en double jeu du chat et de la souris, de révélations surprenantes aux confidences intimes, de rebondissements qui n’en manquent pas et en évitant cette surenchère dans la violence gratuite.

Claire, Aaron, Hans et les autres ...

Résolument fun et haletant, deux romans qui peuvent se lire d’une traite, du rythme sans oublier de marquer certains adoucissements pour souffler, de l’action frénétique augmentant l’adrénaline, n’hésitant pas à flirter dans ces eaux troubles de la Sambre, entre la vie et la mort, il est des sacrifices dont les causes et conséquences ne laisseront personne indemne, jusqu’où est-on prêt à aller pour son prochain ?

Je remercie infiniment Lina Pantini pour m’avoir fait découvrir deux plumes addictives, une belle plongée au cœur d’une ville tiraillée entre deux feux, celui de renaître d’une part et cette volonté de lutter contre la bêtise humaine, au-delà des frontières, envers et contre tout, l’humanité aurait-elle le dernier mot ?

Dans le cadre d’un binôme swap affilié à un groupe de lecture, je remercie Latifa Allam pour m’avoir proposé la suite palpitante, entre mensonges et faux-semblants, la métaphore du jeu d’échec de par le titre éponyme mais aussi pour appuyer l’enjeu en souffrance n’en paraît que plus pertinente, il reste surtout des personnages inoubliables avec leur force et faiblesse, tellement juste, terriblement humain ...

Et mat !

Et si la vengeance n’était pas juste un plat qui se mange froid ? Accomplie expéditivement ou mûrie de manière calculée...

Publiée par Laurent Fabre sur Mardi 2 juillet 2019